Alain GALOBARDES, fondateur du site Lesgauchers.com

 

Avant de nous intéresser aux observations sur les gauchers, nous vous proposons en premier lieu de découvrir les pensées et les réflexions d'Alain Galobardès, le fondateur du site Lesgauchers.com. Lors de notre interview téléphonique, nous ne lui avons pas imposé les contraintes du questionnaire et de ce fait, il a pu s'exprimer librement sur le sujet. Nous tenions également à le remercier pour le temps et les réponses qu'il nous a donné. Sa connaissance sur le sujet nous a grandement aider et permis d'avancer sereinement dans notre étude.

 

 

"Ce qui m'a poussé à m'intéresser aux gauchers est une chose tout à fait banale. En effet, dans les années 90, il y a eu un reportage allemand sur arte qui parlait des gauchers en général; à l'époque je m'intéressais déjà à l'histoire donc je regardais des documentaires. Et ce reportage m'a fait découvrir une boutique à Londres qui vendait du matériel et plein d'outils pour les gauchers, cela m'a interpellé et je me suis dit que les gauchers avaient besoin aussi de tout ça en France!

 

En France, on ne trouvait malheureusement rien pour eux et il fallait aller jusqu'en Belgique pour trouver des objets adaptés. C'est à partir de là que je me suis posé des questions sur les gauchers et j'ai donc acheté des livres pour me documenter. A la fin des années 90, je suis allé sur internet avec pour objectif de poser des questions sur les gauchers mais j'ai eu des milliers de réponses ne répondant pas précisément à mes questions. Après avoir pris ma retraite anticipée, j'ai créé le site lesgauchers.com avec l'aide de mon frère. Cependant, je ne savais pas comment les gens allaient réagir dans la mesure où je suis droitier. Au début, le site était un forum donnant la parole aux gauchers puis en 2005 on a fait un livre et l'aventure a commencé comme cela. Mon but était de proposer des outils pour gaucher en France afin qu'ils ne se contrarient plus eux-même ni à l'école par défaut."

 

"Effectivement, je suis le créateur ou l'initiateur si vous préferez de la fête des gauchers en France."

 

"Il y aurait une possibilité génétique (un gène du gaucher) permettant d'expliquer le fait d'être gaucher."

 

"Le fait que l'on ait un pied directeur gauche alors que l'on est droitier, fait que nous ne sommes plus un droitier homogène. Moi-même, je suis gaucher du pied tout comme mon fils. Peut-être qu'il a hérité de ce caractère, ce qui pourrait laisser penser que le fait d'être gaucher repose peut-être sur l'hérédité. De plus, mon petit-fils est gaucher alors que ses parents sont droitiers; en sachant que le frère de sa mère est aussi gaucher donc cela peut aussi être lié à l'hérédité."

 

"Une étude appelée l'étude de l'enfant gaucher, faite dans les années 40 a mis en évidence qu'il pourrait exister un gène responsable de ce phénomène mais comme il n'a pas encore été trouvé, il est difficile d'affirmer que c'est héréditaire."

 

"D'après une étude, il semblerait que les gauchers vivent moins longtemps que les droitiers tout en sachant que les hommes vivent quand même généralement moins longtemps que les femmes de l'ordre de quelques années. Or cette étude a été faite, à l'époque, sur une population gauchère très contrariée et comme la contrariété entraîne du stress, cela n'est pas étonnant. Effectivement, ces gauchers d'origine soumis constamment au stress et à l'obligation d'écrire de la main droite ont été fragilisés et sont donc devenus plus sensibles aux pathologies extérieures. A la naissance, un gaucher a la même espérance de vie qu'une femme !"


"Dans d'autres pays, on contrarie plus de la moitié des gauchers notamment dans les pays à forte densité démographique et c'est donc dans ces pays que nous rencontrons le plus grand taux de gauchers contrariés. Il y a dans le monde, 14% de gauchers non contrariés et qui ne sont soumis à aucune contrainte. Il y a beaucoup de gauchers dans les pays occidentaux et notamment dans l'Union Européenne alors qu'en Asie il n'y en a que très peu. Donc en règle générale, les gauchers, dans les pays occidentaux, sont peu opprimés aujourd'hui. Or, il en existe encore dans ceux-ci car quand on leur propose un outil qui n'est pas adapté, ils sont contrariés par défaut. Il est donc possible que les gauchers soient perçus comme maladroits pour certaines personnes en raison de l'utilisation d'outils inadaptés à leur gestuelle."

 

"Néanmoins le gaucher non-contrarié en Europe n'existe pas car il peut s'être auto-contrarié pour rentrer dans le moule même si le plus important c'est l'outillage. Par exemple quand on donne à un gaucher une règle de droitier, il va être obligé de se lever pour tracer son trait ou de se surélever un petit peu pour tracer celui-ci; et cela peut alors générer une contrariété. Mais malheureusement, les enseignants ne s'en rendent pas compte et ce jusqu'à l'année dernière car ils ne voyaient aucun inconvénient de laisser un élève gaucher se morfondre avec des outils de droitiers. Ainsi, l'année dernière, l'Education Nationale a préconisé l'utilisation d'un outillage spécialisé pour les gauchers tels que ciseaux, taille crayon, règle, outil de géométrie, stylo plume, bic et ce à travers les listes de fournitures scolaires."

 

"Mais le vrai problème se trouve au niveau de l'Education Nationale. Quand vous allez à l'école et surtout au primaire; on vous demandera d'avoir une paire de ciseaux, une règle ou encore un taille crayon.... Pour les gauchers, c'est une autre affaire, ils doivent se contenter d'outils pour droitiers et donc inadaptés à leurs besoins. C'est pendant l'enfance que l'on va justement malformer ou déformer des enfants en ignorant leur mal-être tout en sachant que chaque personne se construit dans le milieu familial et scolaire lorsqu'elle était enfant. "

 

"Pour résoudre les problèmes éducatifs des gauchers, il faut commencer dès l'enfance car après c'est beaucoup plus compliqué puisque les personnes exerçant un métier lié à l'éducation sont formées plus ou moins bien. Par exemple, l'étude dont je vous parlais (l'étude de l'enfant gaucher) informe sur le fait que c'est une utopie que de vouloir faire d'un enfant de 5 ou 6 ans un ambidextre. Il y a un âge où l'on peut faire des choses alors que d'autres nous sont impossibles. Il faut savoir que l'auteur de cette étude était scientifique et médecin-pédiatre donc on peut croire ce qu'elle dit. Et moi je suis tout à fait convaincu de cela."

 

"Je vous ai parlé de la difficulté pour trouver des outils pour gauchers en France mais en 2009, des entreprises françaises comme MAPED se sont rapprochées de nous. J'ai été contacté par cette entreprise pour développer une gamme d'outils spécialisés pour les gauchers. Elle fabriquait alors toutes sortes de produits (gomme, crayon...) pour droitiers et seulement des ciseaux pour gauchers. A partir de ce contact là, on a abouti à un partenariat et j'ai guidé leur enseigne dans la démarche."

 

"A la naissance, les personnes génétiquement ambidextres sont très peu nombreuses comme peuvent le montrer les études que j'ai réalisé. On n'a jamais trouvé plus de 3 % d'ambidextres et ce résultat a été retrouvé dans 4 ou 5 autres études même au Canada. D'ailleurs, les personnes qui n'ont pas déterminé leur latéralisation seront dites mal latéralisées et les ambidextres sont considérés comme telles. On pourrait dire de ce fait que 50 % de la population est mal latéralisée même s'il est dit que les droitiers en forment plus de 80 % ; mais on ne prend en compte que les gens qui utilisent la main droite pour écrire.

 

Et si on commence à enlever les personnes qui utilisent leur main droite mais aussi leur pied ou leur oeil latéralisé à gauche alors elles ne sont plus des personnes droitières homogènes. Il n'y a dans le monde que très peu de droitiers et de gauchers homogènes. Et on peut passer sa vie sans savoir qu'on a cette particularité du pied, de l'oeil ou encore de l'oreille.

Par exemple, si un jour vous perdez l'usage de votre bras et que vous êtes droitier, vous allez donc être amener à utiliser

votre bras gauche et peut-être que vous allez vous rendre compte que vous étiez gaucher à l'origine. Forcément si  vous utilisez votre main gauche comme votre main droite  pour écrire, vous n'aurez avec le temps plus aucune difficulté."

 

"J'ai inventé des tests comme celui de la toupie et de la manivelle que vous pouvez retrouver sur mon site. Le test des manivelles sert à démontrer que nous avons tous un bras droit et un bras gauche et qu'en aucun cas nous avons deux bras droits ou deux bras gauches. On a tous un bras droit et un bras gauche mais il suffit que l'on utilise l'un plutôt que l'autre pour se déterminer droitier ou gaucher. On utilise toutefois les deux dans notre vie quotidienne même si la latéralité met en place une gestuelle.

 

La latéralité va nous orienter plus sur un côté que sur l'autre et vous allez donc vous auto-déterminer droitier ou gaucher alors qu'en pratique une majorité des personnes ne le sont pas complétement. La latéralité fait qu'entre 3 et 6 ans, vous allez apprendre à vous servir de vos deux mains sans que vous soyez pour autant un droitier ou un gaucher. En effet, on peut remarquer que des enfants vont tantôt utiliser leur main droite et tantôt utiliser leur main gauche: c'est un phénomène normal. Mon petit-fils, qui est gaucher, mangeait avec sa main gauche quand il était plus jeune et pouvait aussi quelquefois utiliser sa main droite."

 

"En fait, il semblerait que nous soyons comme dans le monde animal. Aujourd'hui, des études à l'apparence farfelue disent que les perroquets ont l'air gaucher et que les kangourous seraient plus gauchers que droitiers; mais ces études ne sont pas si farfelues que cela quand on les analyse précisement.

Effectivement, mon chat me demande de lui ouvrir la porte avec sa patte gauche et jamais avec sa patte droite donc en voyant cela on pourrait en déduire que mon chat est gaucher. Alors évidemment il ne va pas écrire avec sa patte gauche mais on peut supposer qu'il a des gestes spontanés de gaucher."

 

"Être gaucher ne rend pas plus fort même si les gauchers ont déjà en eux des particularités qui peuvent les amener à être plus perfomants que des droitiers. Le sens spatial qui amène à avoir une vision dans l'espace est sans doute plus développé chez les gauchers; ce qui leur permet d'inventer plus facilement des objets comme c'est le cas pour l'inventeur du rumik's cube (un homme gaucher de profession architecte). Le sens spatial est ainsi une forme d'intelligence que l'on détecte notamment dans les tests de QI.

 

Il vaut mieux qu'un gaucher développe ses propres aptitudes plutôt qu'il ne se force à développer des aptitudes de droitiers."

 


La neurologue Angélique Gerdelat Mas (Clinique des Cèdres de Cornebarrieu)

 

Nous tenons à remercier Madame Gerdelat Mas Angélique pour le temps qu'elle nous a accordé afin de pouvoir répondre à nos questions. Ses propos nous ont beaucoup apporté notamment sur le point scientifique et ce fut très instructif que de partager cela avec une experte en neurologie.

 

 

 

Selon vous, quelle(s) influence(s) les hémisphères de notre cerveau ont-ils dans la latéralisation de notre corps ? Est-ce que des zones du cerveau des gauchers sont plus développées que celles des droitiers ? (Pouvez-vous nous dire quelles sont les origines de la latéralisation de notre corps ?)

 

 

 

Notre cerveau est fait de 2 hémisphères chacun commandant l’hémicorps controlatéral pour les fonctions de motricité et de sensibilité.

 

Par contre des fonctions comme le langage ou la somatognosie (connaissance que l’on a de son corps et des relations entre ses différentes parties) sont spécifiques d’un hémisphère. L’hémisphère gauche pour le langage et droit pour la somatognosie.

 

Ce qui caractérise le gaucher sur un plan cérébral, c’est le fait que les zones du langage sont soit latéralisées à droite soit reparties entre l’hémisphère gauche et droit.

 

L’écriture fait partie du langage, la latéralisation gaucher/droitier est influencée par la latéralisation des zones du langage.

 

On ne peut pas considérer que le gaucher a des zones du cerveau plus développées mais organisées différemment que le droitier.

 

 

 

Pensez-vous que le nombre de liaisons entre les deux hémisphères détermine ou a des conséquences sur les capacités différentes des gauchers ?

 

Je n’ai pas de notion permettant de dire que le nombre de liaisons entre les 2 hémisphères soit différent entre un cerveau de gaucher et de droitier malgré ce que l’on peut lire sur internet; sur un plan scientifique aucune donnée n’est validée.

 

 

Un gaucher peut-il se rétablir plus vite d'un AVC ?

 

 

 

La vitesse de récupération d’un AVC ne dépend pas de la latéralité.

 

La seule chose c’est, si cet AVC touche les zones du langage et dans l’hypothèse que chez ce patient gaucher les zones du langage soient reparties sur les 2 hémisphères, le patient sera possiblement moins déficitaire et aura donc une récupération plus rapide.

 

 

 

Quelle est pour vous la définition d'un gaucher au niveau cérébral ?

 

 

Comme je le disais dans la première question, le gaucher est défini sur un plan neurologique comme un patient ayant les centres du langage sur le cerveau droit.

 

Il existe un test, appelé test de Wada, qui consiste à injecter un produit anesthésiant directement dans l’artère carotide, qui prend en charge un hémisphère, chez un patient en pleine conscience. On lui fait réaliser des tests de langage ce qui permet de définir précisément l’hémisphère où se trouve les centres du langage.

 

Dans certaines indications neurochirurgicales cela peut-être nécessaire.

 

 

 

Pensez-vous que l'individu gaucher a des capacités supérieures à celles des droitiers ?

 

 

Non je crois que ce n’est qu’une « croyance populaire ».

 

Là encore sur un plan scientifique, aucune étude solide ou récente permet de le confirmer même si on entend souvent que les gauchers sont plus artistiques, meilleurs en maths ou plus doués en sport.

 

 

 

Selon vous, est-ce qu'être gaucher favorise le développement de maladie cérébrale telle que la schizophrénie ?

 

 

 

C’est un peu réducteur de dire cela, être gaucher n’est pas un facteur de risque de développer une schizophrénie. Ce que j’ai pu lire c’est que chez les patients psychotiques, la latéralité manuelle paraît moins forte, et il y a une réduction de la latéralisation hémisphérique gauche pour le langage chez les patients schizophrènes par rapport aux sujets sains.

 

 

 

Pouvez-vous affirmer que les personnes ambidextres possèdent une réelle capacité à écrire des deux mains ou cela vient-il simplement du fait d'avoir été contrarié de la main gauche ? Être ambidextre est-ce une capacité innée ou acquise ?

 

 

Être ambidextre, c’est comme être gaucher ou droitier : c’est une entité et c’est inné.

 

 

 

Quel(s) avis avez-vous par rapport au fait d'être gaucher ou droitier ?

 

 

Pas d’avis particulier, étant gauchère je suis plutôt à l’aise dans ce monde de droitiers.

 

 

 

Que pouvez-vous nous dire sur la plasticité cérébrale des gauchers ?

 

 

La plasticité cérébrale fait référence à la capacité du système nerveux à changer sa structure et son fonctionnement soit après une lésion cérébrale, soit lors de certains apprentissages. Cette plasticité fait référence à des changements d’excitabilité neuronale, des renforcements des connexions neuronales via les synapses et une propriété du cerveau qu’est la vicariance c’est-à-dire que certaines fonctions une fois lésées sont prises en charge « naturellement » par d’autres. Ces mécanismes n’ont jamais été montrés comme différents entre les droitiers et les gauchers et en ce sens il n’y a pas de raison scientifique à ce que la plasticité cérébrale soit différente entre gaucher et droitier.

 

 


La psycho-praticienne Joëlle Morice-Mugnier

 

Nous avons réussi à contacter Madame Joelle Morice-Mugnier, qui est psycho-praticienne de formation à Paris et auteur d'un livre

dédié aux gauchers et à la pédagogie qu'elle a inventé qui s'intitule la latérapédagogie. Grâce à celle-ci, elle aide les personnes ayant des difficultés dans l'expression de leur latéralisation à s'épanouir autant personnellement que dans leur espace personnel dédié à l'écriture et à la lecture.

 

De plus, elle nous a gentiment donné de son temps afin de répondre à nos diverses questions et interrogations, qui restaient jusque là sans réponse. Elle nous a donc expliqué, avec une grande pédagogie, ce qu'elle savait sur les gauchers et dans quelles mesures ils pouvaient encore souffrir à cause de problèmes de latéralisation. Cette interview nous a apporté beaucoup de connaissances et c'est avec une grande reconnaissance que nous tenons encore à la remercier et pour son aide et pour tout ce qu'elle nous a apporté. Un grand merci à elle !!

 

 

" Qu'est-ce-que la latéralisation ?"

 

La latéralisation, spécialisation des fonctions de chacun des hémisphères du cerveau traite de l'usage préférentiel de l’organe visuel, auditif, choix de la main et du pied pour un acte, une tâche à accomplir.


Les usages veulent que l’on définisse généralement la latéralité de quelqu’un surtout par rapport à sa préférence manuelle. On dira donc qu’il est latéralisé gaucher ou droitier en fonction du choix de sa main en particulier pour écrire.


Pour les personnes qui sont latéralisées homogènes à droite ou à gauche, on dira qu'elles sont lateralisées "œil, main, pied", donc tout à droite ou tout à gauche. Cependant il est fréquent de rencontrer des personnes latéralisées par exemple à gauche pour l’œil, à droite pour l’oreille, à droite pour la main, à gauche pour le pied ; toutes les configurations sont possibles ; dans ce cas, on dira qu’elles ont une latéralité hétérogène.

 

Sur l'ensemble de la population en Occident, il y a 14 % de gauchers apparemment homogènes alors que 53 % de ces 14 % sont gauchers très souvent avec l’œil directeur droit.

Parmi les personnes droitières qui viennent me voir pour des indications comme la dyslexie, la dysgraphie, des maux de tête, etc… on observe qu’elles sont droitières de la main et du pied mais gauchères de l’œil et ou de l‘oreille.

De là peuvent découler des problèmes de lecture, une dysorthographie ou autres dysfonctionnement ; cette « gaucherie » de l’œil directeur en particulier (et non œil dominant) est très rarement testée et prise en compte et par conséquent peu ou pas de « remèdes » sont apportés. On dira de ces personnes présentant ces symptômes souvent invalidants qu’elles sont dyslatéralisées. Il y a plusieurs degrés de difficulté.

 

En revanche nous parlerons de personnes simplement mal latéralisées - qui ne sont pas forcément non plus des personnes latéralisées de manière hétérogène - dans la mesure où:

  • elles ne savent pas reconnaître leur droite de leur gauche,

  • elles sont en permanence dans le doute pour savoir

    quelle main et ou quel pied utiliser pour effectuer une

    tâche (rarement l’œil et l’oreille sont considérés).

 

Cela est particulièrement vrai avant l‘âge de 7 ans.

 

Toutes ces personnes mal latéralisées et ou dyslatéralisées sont souvent gauchères à l'origine parce qu‘elles évoluent dans un monde de droitiers, elles sont contraintes d’écrire vers la droite dans le sens conventionnel fait pour les droitiers et elles écrivent donc en fermeture en vrillant souvent leur buste tout en sachant qu’elles lisent aussi comme à contre-courant… Elles sont de fait contrariées par le sens de l'écriture et la lecture avec l’interdiction d’aller dans leur sens d'ouverture vers la gauche.

 

La théorie des deux sens d'ouverture sur laquelle est construite la latérapédagogie / latérathérapie tente de montrer que le gaucher n'est plus contrarié de la main mais l'est toujours par le sens de l'écriture et de la lecture, voire même de la pensée et cela peut générer une symptomatologie.

 

La juste latéralité est simple et logique pour un droitier homogène en occident puisque tout est fait par et pour lui, dans l’appréhension du quotidien (outils, sens d’ouverture d’une poignée, pas de vis, le rapport au spatio-temporel / moins l’infini à gauche / plus l’infini à droite, lecture giratoire de l’heure…) mais également tant pour le sens de l’écriture que celui de la lecture. Cette latéralité naturelle est rarement respectée pour ceux qui ont tendance à être gaucher car le sens conventionnel les oblige à aller de gauche à droite et non de droite à gauche.

 

 

" Pouvez-vous nous parler de l’œil, du pied, de l'oreille qui peuvent-être directeurs et jouent-ils un rôle dans la latéralisation d'une personne ? "

 

En complément de ce que j’ai indiqué plus haut, je rajouterai que l’on ne s’intéresse jamais aux oreilles et peu aux yeux et aux pieds. La notion de droitier ou de gaucher est définie surtout en fonction de la main d’écriture c’est à dire la main « directrice », celle qui se meut dans un mouvement latéral horizontal de gauche à droite, ici en occident. Sinon, on parlera de la main « dominante » dans l’usage de : prendre, poser, couper… Le choix de la main dominante et de la main directrice peut donc être différent.

 

Nous parlons aussi de dominant et de directeur pour la vision et l’audition : œil dominant pour la visée, et œil directeur pour la vision dynamique latérale horizontale pour la lecture et le suivi de l'écriture.

Les organes dominants et directeurs peuvent ne pas être les mêmes.


Ainsi selon toute logique, en référence au principe des deux sens d’ouverture, l’œil gauche, s’il est directeur doit tirer vers la gauche comme une locomotive tire son wagon et le droit, s’il est directeur doit tirer vers la droite de la même manière. Il serait incohérent à une locomotive de pousser un wagon, qui plus est si celle-ci est positionnée dans le mauvais sens comme allant à reculons ! C’est ce que l’on demande à un œil gauche directeur dans notre culture occidentale : d’être à l’arrière et de s’activer dans le mauvais sens.

Dans notre système où tout doit être lu et écrit de gauche à droite, si une personne est gauchère de l’œil directeur, elle aura davantage la sensation de « pousser » vers la droite, d’aller à contre-courant alors même que son œil gauche est fait pour tirer vers la gauche. S’en suivront souvent des maux de tête, des douleurs ophtalmiques, une lecture lente, hachée….

 

Il en va de même pour l’oreille : nous avons parfois une oreille dominante différente de l’oreille directrice.

Le plus dommageable est lorsque l‘oreille directrice n’est pas du même côté que l’œil directeur. Ils ne travaillent pas en cohérence de coordination.

Il y a conflit, tension…

 

 

" Quelles sont les conséquences d'une mauvaise latéralisation lorsque l'on est gaucher-contrarié ?

 

Une mauvaise latéralisation peut avoir de nombreuses conséquences dans le quotidien.

Ces personnes mal latéralisées même adultes, peuvent encore se sentir désorientées, déstabilisées, contrariées, sujettes à une hyperémotivité, avec des difficultés à prendre des décisions et à les mettre en application.

Des difficultés cognitives (concentration tendue, qui ne tient pas dans le temps…) et physiques (maux de tête, douleurs ophtalmiques, mal au dos au poignet pour écrire…) peuvent s’ajouter et largement entretenir une mauvaise confiance des ces personnes en elles-mêmes et une faible estime d’elles-mêmes.
Ces symptômes sont souvent le signe que ce ne sont pas elles qui sont mal adaptées mais bien le système qui n’est pas adapté à leur latéralité originelle !

 

Dans les pays où l'on parle arabe ou hébreu, il peut y avoir de la dyslatéralité surtout pour les droitiers de la main et de l’œil puisqu’ils vont à contre-courant de leur sens d’ouverture naturel car ces langues s'écrivent de droite à gauche.


Le sens d'écriture le plus logique serait alors de haut en bas (l'écriture en colonne) comme pour le japonais et le chinois car il permettrait aussi bien aux gauchers et aux droitiers de s'épanouir sans contrainte avec une moindre contrariété pour les droitiers (car les colonnes se succèdent quand même dans un sens latéral horizontal de droite à gauche).

 

D’ailleurs il a été observé que beaucoup de gens préfèrent lire les magazines : ce sont souvent des « œil gauche directeur ». En effet la largeur du texte en colonne (aussi appelée empan visuel) est étroite et donc déclenche moins la sensation désagréable de « pousser », d’aller à contre-courant et de devoir fournir un effort de concentration souvent très important, qui finit par épuiser et décourage de la lecture.

 

 

" Quels conseils donneriez-vous aux gauchers pour mieux vivre avec leurs différences ? "

 

- de rester affirmés dans leur gaucherie pour les usages du quotidien et utiliser si besoin les outils pour gauchers, même si on leur reconnaît une réelle capacité d’adaptation aux outils pour droitiers !

Je parle de « gaucherie » comme je parle de « droiterie ». Le terme de „gaucherie“ ne doit plus être péjoratif ni synonyme de maladresse ! Dans ce cas, je dis plutôt“malhabile“ possible chez un gaucher comme chez un droitier !!

 

- et à l’entourage, parents, enseignants : qu’au seuil des apprentissages, le petit gaucher qui écrit de droite à gauche / en miroir n’entende plus jamais « tu écris à l'envers, c'est pas bien, c'est pas normal, c’est faux … » Et que lui soit interdit d’utiliser son sens d’ouverture !

 

Maintenant, en principe on ne contrarie plus le gaucher de la main. Mais comme il reste contrarié par le sens de l’écriture et de la lecture en occident, il faut au contraire qu’on lui dise que lorsqu’il écrit en miroir ou en écriture spéculaire (comme Léonard de Vinci la pratiquait quotidiennement), « c’est normal, c’est à l'endroit pour toi : c’est bien ! ».

Ce sont les deux premiers discours et autorisations indispensables dans l’application afin que son cerveau se synchronise normalement.

 

 

"Pensez-vous que le fait que les gauchers soient en perpétuelle adaptation favorise leur développement hémisphérique ?

 

Oui ! Les techniques d'imagerie médicale , les IRM le montrent. 53 % des 14 % de gauchers ont développé une deuxième aire du langage, dans l’hémisphère gauche, comme pour les droitiers. Ainsi, ils ont deux centres du langage, un à gauche sans oublier leur centre originel dans l’hémisphère droit. Ils sont donc souvent plus avantagés que les droitiers, comme avec une longueur d’avance et cela se vérifie par leurs performances sportives (escrime, foot, tennis…) mais aussi en mathématique, en art…Beaucoup sont précoces, ce sont des Hauts Potentiels…

 

Être en capacité de développer des aptitudes cérébrales complémentaires pour s’adapter illustre ce qu’est la plasticité cérébrale : de nouveaux circuits neuronaux peuvent jusqu’à notre mort être connectés et favoriser avec cohérence nos capacités et augmenter nos compétences cognitives et émotionnelles !

 

 

"Pouvez-vous nous parler de votre livre Gauchers en difficultés : la latérapédagogie, une richesse inexploitée , de son sujet et des raisons qui vous ont poussés à écrire et dans quels buts ?" "Qu'est-ce que la latérapédagogie?"

 

 

Petite, j’ai été gauchère contrariée de la main d’écriture. Saturée par un mal être cognitif en particulier (concentration tendue, maux de tête, lecture laborieuse…) j’ai décidé de reprendre, à 33 ans, ma main gauche pour écrire mais, « comme il se doit », en utilisant toujours le sens d'ouverture des droitiers (sens conventionnel) j'ai senti et compris que cet espace ne me correspondait pas. Un sentiment de blocage ne me permettait pas de m'épanouir, j'ai donc commencé à totalement investir mon espace d’ouverture de droite à gauche.

 

Mais les nombreux avantages de bien être, de réconciliation avec mon identité de gauchère... n’étaient pas suffisants. Quelque chose n’était pas totalement abouti. J’ai donc, après avoir réhabilité ma gaucherie en écrivant en ouverture vers la gauche (écriture en miroir ou écriture spéculaire), mis au point des stratégies pour m’adapter au système droitier, en particulier en passant « oeil directeur gauche » à « oeil directeur droit » pour lire et suivre mon écriture dans le sens conventionnel de gauche à droite.

 

La latérapédagogie dans son aspect fonctionnel était née ainsi que la latérathérapie. Celle-ci a davantage l’objectif de réguler l’espace émotionnel, psychologique et psychique de la personne ayant souffert de dyslatéralité et légitimement touchée par la contrariété de sa latéralité originelle. Cette personne a été contrainte de s’adapter, d’évoluer dans un système qui ne lui était pas adapté.

 

Puis un été, je consultais un blog de gauchers rempli de témoignages, de souffrances, d’interrogations… Je ne pouvais donc pas juste pratiquer et transmettre ma méthode. Il fallait par ce livre, que je témoigne publiquement à mon tour de la pertinence de la méthode et de ses possibilités de résilience, de ses bienfaits. J’illustre mes propos de vignettes cliniques et donne également des pistes d’expérimentation pour réhabiliter sa latéralité « naturelle » et des stratégies d’adaptation aux systèmes cognitifs (occidental/oriental).

Je continue d’avoir de magnifiques et émouvants retours. Les gens sont touchés, se sentent davantage compris et peuvent souvent retrouver le goût, l’envie de s’en sortir.

 

Je ne regrette donc vraiment pas ces années d’échecs scolaires et de galères !

Mais ce n’est pas tout ! De plus en plus de « vrais droitiers » viennent consulter un latérapédagogue (enseignant scolaire, éducateur spécialisé, AVS…) ou latérapraticien (graphothérapeute, orthophoniste, psycho-praticien…)!!

 

Ainsi en utilisant la main gauche lorsque l'on est droitier , on active l'hémisphère droit et on stimule son espace intuitif et créatif .

Il y a quelques années, j’accompagnais une personne en latérapédagogie/thérapie, avec laquelle nous avons beaucoup fait de stimulations inter-hémisphériques avec des pré-graphies et du travail corporel / gestuel dans l’espace. Parallèlement, elle était en psychanalyse et me dit un jour sa stupéfaction de se souvenir enfin de ses rêves, inaccessibles jusqu’alors : son hémisphère droit s’était comme débloqué. C’est la moindre des choses lorsque l’on sait que la psychanalyse travaille à partir des rêves !

 

J’ai donc mis en place une formation pour maîtres des écoles, graphothérapeutes, orthophonistes, orthoptistes etc… car ils peuvent particulièrement adapter la latérapédagogie à leur pratique professionnelle et s‘ils sont formés à la thérapie, la latérathérapie.

Nous permettons ainsi aux élèves, aux patients de vivre davantage en cohérence et en unité de corps et d‘esprit.

 

Oui, les spécialistes ont de plus en plus conscience du conditionnement de notre cerveau par le système de lecture et d’écriture.

 

Le déconditionnement est en marche, le possible est possible !